L'envers de la prétendue écorégion

Publié le par G J-P

Lors d'une interview télévisée le présentateur a relayé la campagne prétendant que la région était tellement écologique qu'il n'y avait rien à faire de plus.  J'ai essayé de rectifier cette image trompeuse de "région à la campagne", en expliquant que les chiffres réels ne correspondaient pas à cet imaginaire : les cours d'eau sont pollués,  les émissions de CO2 sont exorbitantes, et l'agriculture bio est à la traîne...

Tout ceci est confirmé par cet excellent article de Jean-Pierre Sportiello, du Populaire du centre... Que je reproduis partiellement.

Alors qu'elle est la championne des labels pour ses viandes, la région est la lanterne rouge du bio

  Le Limousin se classe au dernier rang des régions en matière de dynamique de conversion en agriculture bio, d'après l'Agence bio.

Le Limousin s’affiche - à juste titre - comme un modèle d’éco-région :

Son agriculture met en avant ses productions sous signe officiel de qualité et son élevage extensif à l’herbe. Paradoxalement, la région se traîne en queue de peloton des régions pour le développement de l’agriculture “bio”.

« Nous sommes hélas bien loin des objectifs affichés par le Grenelle de l’environnement qui fixait une hausse de 2 % par an des surfaces dédiées au bio, soit 10.000 ha/an en Limousin (30.000 en 2012) » juge Mikaël Guerreiro, directeur du Gablim, Groupement des agriculteurs biologiques du Limousin.

Recul de la surface cultivée en “bio”

En 2009, le Limousin fait partie des trois régions françaises ayant perdu des surfaces cultivées en biologique : 1 385 hectares seulement ont été reconvertis, alors que plus de 2 000 ha bio ont été perdus, estime Gablim.

En Limousin, 346 agriculteurs ont fait le choix du bio sur un total de plus de 14 000 exploitations. Ils valorisent environ 18 0000 ha pour un total de plus de 870 000 ha de surfaces agricoles.

L’an dernier, 30 agriculteurs se sont convertis ou installés en “bio” en Limousin. Une année faste. Le solde entre les arrêts et les conversions était négatif ou nul depuis… 4 ans.

Une situation incompréhensible, toutes les conditions sont réunies pour encourager l’essor du bio :

Mise en place du crédit d’impôt (2 000 ?/an) qui double à partir de 2010, aide à la conversion déplafonnée en 2009 à 200 €/ha en moyenne pendant 5 ans, aide à la certification du Conseil régional et de l’Europe (80% du coût de la certification), assouplissement du cahier des charges. Et surtout une forte demande des consommateurs (+ 15 % en 2009).

Plus de moyens

Pour le directeur de Gablim la solution existe : « pour que le bio progresse, il faut des moyens humains sur le terrain, des techniciens, des conseillers, des formateurs estime Mikaël Guerreiro.

Les chiffres nationaux le prouvent : le nombre de conversion est étroitement lié aux moyens humains sur le terrain. Avec 12 équivalents temps plein mobilisés pour 346 agriculteurs, nous n’avons pas les moyens de répondre aux questions des “conventionnels” qui s’intéressent au bio. »

Dans les chambres d’agricultures, les moyens se limitent pour l’instant au mieux à un conseiller agricole par département chargé de l’animation, de l’information, de l’appui à la conversion, de la rédaction d’un bulletin technique.

« C’est insuffisant, reconnaît Christophe Bouzonie, président de la commission bio à la chambre de la Haute-Vienne et éleveur de cochons bio.

Le Conseil régional consacre à peine 4 % de son budget agricole au bio, entre 120 et 150 000 euros/an. « C’est bien mais ça ne suffit pas pour être efficace » disent en substance les défenseurs du bio. Dans les régions les plus volontaristes, comme Poitou-Charentes, l’enveloppe peut atteindre 10 % du budget.

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“C’est comme si”

« L’agriculture limousine n’est pas bio mais “c’est comme si”, argumentent les responsables agricoles Nous avons des productions sous label rouge et des pratiques d’élevage à l’herbe proche du bio ».

« Sauf que les labels n’interdisent ni les engrais chimiques, ni les pesticides, ni le soja OGM » répondent les “bio”.

L’argument peut être retourné : « si vos productions sont si proches, pourquoi ne pas franchir le pas ? ».

Peur de changer les habitudes ? Sûrement. D’après les statistiques récentes, 75 % des agriculteurs conventionnels estiment insuffisante l’information dont ils disposent sur le bio.

« La bio a donné longtemps l’image d’un monde fermé, commente Christophe Bouzonie. Ce temps est révolu. C’est une agriculture encadrée qui peut être passionnante. C’est un bon challenge à relever au niveau technique. Il est temps de changer nos pratiques et de réfléchir autrement. Autant le faire maintenant. Et puis le marché est porteur. »

 

Et le journaliste rappelle ce que nous avons martelé durant la campagne :


En France, la moitié des produits bio viennent de l’étranger. Le Limousin importe 90% de son alimentation.

« Si on attend encore les marchés vont se mettre en place et se pérenniser avec les pays tiers beaucoup plus volontaristes sans les paysans français et limousins » prévient Mikaël Guerreiro.


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