Les mesures et les spaghetti

Publié le par G J-P

Beaucoup de journalistes attendent avec impatience que nous expliquions nos mesures concrètes pour le Limousin. L'aspect concret - combien de millions d'euros, pour quels résultats, semble devoir éclipser l'analyse globale de la situation.
Nous sommes tous intoxiqués par la façon dont s'organise le débat politique, qui à chaque nouveau problème doit immédiatement exhiber une mesure spécifique pour y remédier :  violences urbaines, aggravation du chômage ou mortalité routière. Dès qu'un événement  important (tel que défini par les médias et l'opinion publique) se produit, une loi, une mesure va régler l'affaire.

Comme si la société fonctionnait telle un distributeur de chewing-gum, où il suffit de glisser une pièce pour obtenir le produit-résultat désiré.

Edgar Morin est un grand penseur de l'écologie, et il explique fort bien la différence entre la complication et la complexité. Réparer un Airbus est compliqué, car il faut aller consulter les notices de montage dans un catalogue de centaine de miliers de pièces, et suivre une procédure précise de démontage de certaines pièce, dans un certain ordre et d'une certaine façon, avant d'accéder à la pièce défecteuse qu'on veut changer.
En revanche un plat de spaghetti à la tomate est complexe : retirer de sa fouchette une seule nouille perturbe l'ensemble et induit des changements imprévisibles, comme chacun a pu le remarquer...
La société est à la fois compliquée et complexe, et une mesure prise par un pouvoir politique peut avoir des conséquences imprévisibles.

Un ami procureur m'expliquait en riant que la mise en place du permis à point, conjuguée aux radars automatiques  avait fait augmenter vertigineusement la délinquance routière des seniors très âgés...
Cela peut paraître surprenant quand on sait que nos aînés, du fait de la perte de confiance dans leurs réflexes, ont tendance à rouler plus lentement. Mais si on intègre la solidarité familiale envers les plus jeunes qui ont besoin de rouler en voiture, on comprend que les aînés "endossent" les excés de vitesse détectés par les radars, car il n'est pas vital pour eux d'économiser leurs points de permis. D'où ce boom délictueux chez les vieillards.
Cela montre bien à quel point la société est complexe, car les gens réagissent entre eux à plusieurs niveaux, selon des mécanismes de toutes natures : familiaux, communautaires, etc.
Nous allons bien sûr annoncer des mesures chiffrées en mettant en face leur résultat escomptés, puisque c'est une façon de montrer ce déploiement du pouvoir qu'on attend (sans illusion) du politique. Mais ne soyons pas victimes de l'intoxication ambiante du mécanisme simpliste de la propagande sarkozyste qui tente de nous faire croire : un problème = une solution.
La force de notre projet qui sous-tend notre programme, qui est illustré par certaine mesure, c'est bien sa cohérence interne en face d'une société complexe, pour un choix de civilisation apaisée que nous assumons consciemment.

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