Gilles Clément nous soutient

Publié le par Ghislaine J-P

Europe Ecologie  Limousin a déjà remporté une victoire, et ne cesse de rallier de nouvelles énergies, de provoquer de nouveaux enthousiasmes : Gilles Clément le jardinier planétaire, nous a déclaré son soutien. Tout le monde en Limousin connaît ce visionnaire des paysages, plus par sa notoriété médiatique que pour avoir visité ses réalisations : à part son jardin de La Vallée en Creuse, il travaille principalement à l'étranger depuis qu'il refuse de toucher de l'argent provenant de l'administration sarkozienne. Il a travaillé toutefois sur le paysage du lac de Vassivière qui lui a inspiré une théorie des paysages tout à fait révolutionnaire. Gilles Clément a inventé (au sens de découvert) le tiers paysage : à côté des forêts (le paysage sombre) et de l'espace cultivé (le paysage clair), il existe un tiers paysage, qui n'a pas de vocation particulière et qui n'est habillé d'aucun imaginaire : taillis indistinct, bords de haies, ou de fossé. Ce paysage de lisière, d'entre-deux est ignoré alors que c'est lui qui abrite la plus étonnante diversité. Comme la nature en général qui apporte des services cruciaux et toujours oubliés (comme les abeilles qui ont une fonction vitale et que les industries agrochimiques exterminent), ce tiers-paysage est ignoré car il est frappé de la plus grande opprobre de nos sociétés mercantiles : il ne rapporte pas directement d'argent. Les paysages sombres fournissent de façon industrielle le bois et les clairs la nourriture. Le tiers-paysage ne sert pas les intérêts du business : à travers les remembrements on a supprimé les bocages, et les haies, et les catastrophes écologiques ont eu le champ libre : inondations, ruissellent, érosion de l'humus, etc.

Le tiers-paysage est reconnaissant à Gilles Clément qui lui a rendu sa noblesse et lui donnant un nom, et c'est aussi une métaphore du Limousin. Le Limousin est un tiers-territoire : il n'est pas à proprement parler industriel ou financier (comme le sillon rhodanien) qui en ferait une puissance économique, ni dépositaire d'un capital naturel très grand (comme les Alpes, les Pyrénées, les régions de bord de mer) qui attire les touristes et fait tourner à plein le commerce. Le Limousin possède des lacs et de la campagne, rien d'exceptionnel en apparence : c'est un tiers-territoire dans ce sens. Mais justement il est aussi un biotope social, hors des espaces sociaux industrialisés, où peuvent se développer des expériences nouvelles de solidarité : SCOOP, mutuelles, économies sociales et solidaires, circuits courts de distribution, etc.

Nos décideurs sans imagination passent leur temps à appeler en vain l'industrialisation, le désenclavement de ce territoire, cherchant à singer des territoires dont les modèles sont en faillite. Notre tiers territoire doit trouver son destin que nous allons bâtir ensemble : l'écorégion !

 

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J. U. 11/12/2009 10:03


"[Le Limousin] est aussi un biotope social, hors des espaces sociaux industrialisés, où peuvent se développer des expériences nouvelles de solidarité : SCOOP, mutuelles, économies sociales et
solidaires, circuits courts de distribution, etc."

Conformément à sa tradition historique - au moins depuis le XIX ème siècle !
1845 : création par Pierre Leroux à Boussac (Creuse) de la première imprimerie coopérative.(cité par Marx comme "le génial Leroux") "[Leroux] le cerveau le plus fécond et l'âme la plus sociale"
selon Jaurès...
1850 Société fraternelle des ouvriers porcelainiers
1865: coopérative de boulangerie
1905: création de la SCOPCZ (bâtiment) qui existe toujours...
Dans les années 30, l'Union de Limoges, le Ciné-Union...
Des syndicats de paysans pour la vente et la livraison d'engrais, pour les battages... Des boulangeries coopératives (Breuil-Briance)... Selon Georges Guingouin, Lo Grand, organisateur de la
libération du Limousin, "ces réalisations traduisent la grande ligne politique d'émancipation de l'homme par les travailleurs associés énoncée par Karl Marx. Nous y retrouvons aussi la marque du
grand combat de Jean Jaurès pour la création de la coopérative ouvrière d'Albi".
Donc, ne pas oublier l'histoire du Limousin qui a souvent été à l'avant-garde. Il faut combattre le complexe d'infériorité qui souvent handicape le Limousin et les Limousins.
Il faut voir le Limousin dans la continuité.
Les "décideurs" actuels ne voient le Limousin que dans la dépendance et leurs choix politiques, d'aménagement... en découlent. Il est temps de tourner la page.