Famine et démocratie

Publié le par Ghislaine


Dans le cadre d'Alimenterre nous étions de nombreux militants à assister à la projection du film «Vers un crash alimentaire» d’Yves Billy et Richard Pros. L'interaction économique de l'agrobussiness était clairement démontrée : l'enrichissement de la classe moyenne chinoise faisait exploser la demande de viande porcine industrielle, qui amenait les paysans chinois à abandonner le soja, base de l'alimentation humaine au profit du maïs pour nourrir les cochons. De ce fait la Chine devenait le plus gros importateur de soja d'Argentine qui détruisait ainsi son environnement pour fournir cet énorme marché.
S'en est suivi un débat où le spectre des grandes famines sur le continent africain était évoqué devant l'explosion démographique qui devrait nous faire passer de 7 milliards d'habitants à 9 milliards en 2050. On peut en fait remarquer que les grandes famines sont dues à l'interventionnisme des pouvoirs publics, comme les centaines de milliers (voire millions selon certains historiens) de morts chinois lors du fameux "Grand bond en avant" : le président Mao avait décidé que les paysans devaient se mettre à la sidérurgie et produire de l'acier plutôt que du riz ou des céréales. Ils finirent par faire fondre leurs outils pour fournir les quotas d'un métal d'une si médiocre qualité qu'il était inutilisable, et mourir de faim...Dans un article du monde d'il y a quelques mois, Amartya Sen, prix Nobel d'économie 1998 affirmait que les famines ne sévissaient que lorsque la démocratie avait disparu.
Ces situations extrêmes (famines) montrent que les paysans savent quel est le sens de leur travail qui consiste à nourrir les hommes, et que les dirigeants l'oublient trop souvent en ne voyant dans l'agriculture qu'une forme de l'industrie soumise aux quotas, aux rendements et aux lois du profit maximum.

Publié dans Nord-Sud

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